10 janvier 2007

Les oubliettes du royaume

Prisons : le triste bilan 2006.
La suite "d'incidents" (1) survenus dans les prisons du royaume en cette année 2006 écoulée n'a fait qu' infirmer les "bonnes intentions" des différents gouvernements au pouvoir depuis des décennies.
L'actuelle ministre de la justice, Laurette Onkelinckx, à qui on a refilé "la (néanmoins lucrative) patate chaude du département justice" n'est pas la seule responsable d'une série de non-engagements bien antérieurs à son actuel mandat.
Souvenons-nous des "ténors justiciers" que furent Melchior Wathelet (senior), Tony Van Parijs ou encore le très opportuniste et volatile Marc Verwilghen.
La (sur)population carcérale paye comptant le manque d'interêt des différents gouvernements face aux "oubliés de la Belgique" . Il est vrai que le nombre de détenus ayant la volonté d'exercer leur droit de vote doit pouvoir se compter sur les doigts d'une main ... Faut-il y voir un semblant d'explication ? Il est bien plus "lucratif" éléctoralement parlant, de défiler sous l'oeil des caméras avec les ouvriers de chez "VW" ...
Le budget de la justice reste dérisoire. Des présumés innocents (les détenus en "peine préventive"), sont incarcérés avec des condamnés de tout bord, sans distinctions de faits. Voir : "prisons : école du banditisme" ?.
Que se cache donc derrière les murs de ces véritables "oubliettes" de notre royaume ? : Des anonymes entassés pour le "mieux" à 2 ou 3 dans quelques mètres carrés dans des conditions d'hygiène souvent déplorables ou inexistantes, des gardiens (fonctionnaires d'état "niveau 0") sous-qualifiés, et des drames humains à jamais inentendus ...
Le fait de "punir" des citoyens pour des méfaits commis, n'est pas remis en cause. Encore faut-il que l'emprisonnement d'un être humain soit un acte "civil et responsable" dans le respect des droits de l'homme.
Certes, la loi Dupont votée le 12 janvier 2005 fut une avancée significative envers les détenus en leur attribuant un statut juridique légal.
Le Professeur Dupont, à l’origine de la loi, estimait lui même que « tant que le problème de la surpopulation ne sera pas résolu, cette loi sera vouée à l’échec » !
Les chiffres de la population carcérale de l'année 2006 : 9.692 détenus pour 8.311 places disponibles résument donc à eux seuls l'inutilité (temporaire ou réccurente) de cette loi.
Pour conclure, "tout le monde n'est pas logé à la même enseigne". L'exemple de "Marc Dutroux exige un steak-frites !!!" ou autres âneries propagées par une certaine presse (pour qui nos prisons sont des hôtels ***), ne sont que des caricatures du calvaire quotidien des détenus "ordinaires", pour qui la vie en prison est tout sauf "une vie de château".
Récemment, un petit nombre de personalités politiques se retrouvèrent derrière les barreaux de la prison de Jamioulx (par exemple), espérons qu'ils profitèrent de leur "séjour" pour réfléchir au devenir des résidents de ces fameux "palaces".
Les élections approchant à grand pas, nous entendrons bientôt reparler de nos "oubliettes" ... pendant quelques temps ... puissent-elles ne plus jamais se taire après le verdict des urnes.

(1)


HA

03 janvier 2007

Prison Break : prison virtuelle

Le paysage culturel télévisuel n'est qu'un miroir de notre société. Un énorme miroir déformant. Attention : le crime ne paye pas, enfin pas toujours. (1)

Que celui qui n'a jamais mis les pieds à Lantin (2), à Forest (3) ou à Tournai(4) ne zappe pas.
Le show à l'américaine continue ... après les sultans américains pétroliers, les avocates disjonctées, les célibataires endurcies, la sous-culture "télévisée" Américaine ne se lassant décidement pas de diffuser des fictions aussi captivantes (!) que dangereuses, voici : "Prison Break" , "bienvenue dans le monde virtuel du carcéral".
Déboulant tous azimuths dans les médias, les affiches des abribus, et les unes des peoples, le "Da Vinci code new look", spectacle à gros budget, aux figurants et acteurs bien propres, bien râsés, bien nourris, aux vêtements imaculés, dans l'organisation irréprochable de cette prison au style de vie "eau chaude et gaz à tous les étages" dérive dangereusement vers la mystification des criminels.
Eprouvons-nous donc quelques sympathies pour ces "pseudos-héros" caïds forgeant aux yeux de nos enfants et adolescents une image héroïque de certains gangstas ? Nos héros vieillissants sans doute fatigués par la droiture, la défense de la veuve et de l'orphelin et la non-corruption, changent-ils de camp?
A en croire par les différents courants musicaux et cinématographiques, les réponses sont : oui et oui.
"Prison Break" n'a strictement rien à voir avec la (triste) réalité de nos prisons autochtones.
Personnellement, lors de "visites" à Lantin ou à Tournai, je croise souvent des "héros" fragiles, abattus, résignés parfois apeurés, et si la plupart d'entre eux se "la joue dure", le retour en cellule est toujours la fin d'un épisode.
Que pensent les prisonniers de Lantin ou de Mons, dans leur 8 m2 de cellule, plantés devant leur petit écran (37 cm) tirant sur leur petit joint échangé à 5 euros dans les préaus lugubres de leur prison, ou s'endormant sous l'effet des sédatifs gracieusement fournis par les pharmacies pénitentiaires, devant l'autel que l'on construit sous leurs pieds ?
Voilà donc une abbération supplémentaire des "réglements intérieurs des prisons" : les détenus ne bénéficient d'aucune structure de réinsertion réellement organisée, pas plus que d'activité culturelle, et pas ou peu de travail. On leur jette donc en pature le "droit sacré", ce divin pouvoir de s'abêtir comme tout un chacun, devant son poste de télévision ...

(1) Tarifs
(2) Lantin
(3) Forest
(4) Tournai

Virtuellement vôtre,

HA