Prison Break : prison virtuelle
Le paysage culturel télévisuel n'est qu'un miroir de notre société. Un énorme miroir déformant. Attention : le crime ne paye pas, enfin pas toujours. (1)
Que celui qui n'a jamais mis les pieds à Lantin (2), à Forest (3) ou à Tournai(4) ne zappe pas.
Le show à l'américaine continue ... après les sultans américains pétroliers, les avocates disjonctées, les célibataires endurcies, la sous-culture "télévisée" Américaine ne se lassant décidement pas de diffuser des fictions aussi captivantes (!) que dangereuses, voici : "Prison Break" , "bienvenue dans le monde virtuel du carcéral".
Déboulant tous azimuths dans les médias, les affiches des abribus, et les unes des peoples, le "Da Vinci code new look", spectacle à gros budget, aux figurants et acteurs bien propres, bien râsés, bien nourris, aux vêtements imaculés, dans l'organisation irréprochable de cette prison au style de vie "eau chaude et gaz à tous les étages" dérive dangereusement vers la mystification des criminels.
Eprouvons-nous donc quelques sympathies pour ces "pseudos-héros" caïds forgeant aux yeux de nos enfants et adolescents une image héroïque de certains gangstas ? Nos héros vieillissants sans doute fatigués par la droiture, la défense de la veuve et de l'orphelin et la non-corruption, changent-ils de camp?
A en croire par les différents courants musicaux et cinématographiques, les réponses sont : oui et oui.
"Prison Break" n'a strictement rien à voir avec la (triste) réalité de nos prisons autochtones.
Personnellement, lors de "visites" à Lantin ou à Tournai, je croise souvent des "héros" fragiles, abattus, résignés parfois apeurés, et si la plupart d'entre eux se "la joue dure", le retour en cellule est toujours la fin d'un épisode.
Que pensent les prisonniers de Lantin ou de Mons, dans leur 8 m2 de cellule, plantés devant leur petit écran (37 cm) tirant sur leur petit joint échangé à 5 euros dans les préaus lugubres de leur prison, ou s'endormant sous l'effet des sédatifs gracieusement fournis par les pharmacies pénitentiaires, devant l'autel que l'on construit sous leurs pieds ?
Voilà donc une abbération supplémentaire des "réglements intérieurs des prisons" : les détenus ne bénéficient d'aucune structure de réinsertion réellement organisée, pas plus que d'activité culturelle, et pas ou peu de travail. On leur jette donc en pature le "droit sacré", ce divin pouvoir de s'abêtir comme tout un chacun, devant son poste de télévision ...
(1) Tarifs
(2) Lantin
(3) Forest
(4) Tournai
Virtuellement vôtre,
HA
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