les fourmis nous envient

Dans la course vers le futur, la population Bruxelloise ressemble de plus en plus à une fourmilière géante. Certes, ce n'est pas New-York, ni Paris, encore moins Londres, mais la frénésie festive de cette fin d'année est intéressante à observer. Posté sur le coin de mon zinc, jumelles en bandoulière, leffe à portée de main, j'observe avec admiration le long périple des ménagères (je n'ai pas trouvé de terme masculin pour ce mot) s'apprétant à la grande messe universelle du 31 décembre. Files interminables pour accéder au parking souterrain, labyrinthes humains, allées encombrées de supermarché.
Ces véritables exploratrices (eurs) de notre monde moderne, ont bien du mérite. C'est vrai que la prime de fin d'année tombe au bon moment cette année. Il y a de quoi faire faire du benef aux oeuvres non caritatives.
Donc, l'oeil aux aguets, surplombant légerement la salle, gentiment blotti dans mon allure de sentinelle, j'observe. Et là, je demande l'attention. Pas l'addition, s'il vous plaît (l'est encore tôt).
Bref, voilà t'y pas que derrière la vitrine toute décorée de strass "noëlistique" -sorte d'écran géant donnant sur la ville- j'aperçois un couple autochtone typique : la mégère excitée, le gars chargé comme une mule, les enfants surexcités (c'est quand qu'on mange ?). Aussitôt, de mon esprit jaillit une bouffée d'adrénaline (me demandez pas comment c'est possible : c'est possible).
J'en tiens un : un couple d'une espèce que je croyais à jamais éteinte : l'homo sapiens erectus qui doit plus trop souvent erecter vu la mine de la ménagère en question.
Surexcitée, braillant à qui veut ne pas l'entendre que le gars en question n'est qu'un minus, et qu'il ferait bien de se dépecher, vu que les boutiques vont bientôt fermer, et qu'on n'a pas que ça à faire (à savoir se promener la tête dans les illuminations, qui ne sont pas là pour ça, c'est bien connu).
Pauvre bougre, il avait sûrement pas rêvé d'un noël comme ça à courir après des chimères ...
Lui, il rêvait plutôt d'un vrai noël, tout blanc, avec un vrai feu de bois qui crépite dans la cheminée, avec une nana languissante, un peu amoureuse, allongée sur une peau de mouton (on y viendra, elles seront bientôt soldées-devinez qui-), et un instant d'éternité, ce moment magique enfui en lui et dont il se souviendrait comme un passé au présent. Bref, loin de ce qui se passe là à cet instant. Il suit, imperturbable, sa petite gendarmette surexcitée et sa progénitude déjà lasse ...
Il s'en souviendra, comme il s'en souvient chaque année, jurant en lui (c'est possible : c'est possible) qu'on ne lui reprendra plus à cette farce géante.
Je pris quelques notes (toujours sur le qui-vive), songeant à la fourmilière géante Bruxelloise, ces milliers de gens ramenant des petits sacs en plastique dans leur foyer, les fourmis ouvrières, les fourmis employères, les fourmis toutes courtes avec leur petit chomâge et leur petit cpas, avec leurs tout tout petits sacs ... , je payai mon addition, pris mon petit sac, mes jumelles, et me dirigeai vers ma fourmilière ...
HA
|