adieu à Sarah et Delanoé
J'ai passé une grande partie de ma vie dans les bistrots bruxellois, côtoyant une "faune" d'êtres humains, aussi humains qu'humains, pathétiques que pathétiques, chaleureux que chaleureux. Et, souvent, ces rencontres étaient bercées de musique française : pas du Brel ou du Brassens, pas du Vivaldi : simplement de la musique populaire, celle qui a bercé notre enfance, celle qui est enfoncée profondément dans nos gênes. La musique du prolo du coeur, celle qui, tout un coup te fait pleurer ou rire, celle qui te rappelle ton enfance crasse.
J'ai beaucoup aimé et chanté tes chansons Delanoé.
Au karaoké, t'étais pas le dernier (moi non plus). Souvent tes chansons ont fait vibrer nos coeurs le long de soirées un peu arrosées.
Je fréquentais un petit estaminet pas loin de la grand-place. (de Bruxelles ou d'ailleurs) dans lequel je t'ai rencontré : Moi Alain, toi Sarah ... Dans la jungle de la ville on s'est retrouvés.
Sarah, la "Grand Place était vide", te souviens-tu de cette chanson ?... "il y avait toujours notre guide : "Nathalie" ...
Sarah, te souviens-tu de ces touristes enchantés qui nous écoutaient chanter "c'est un beau roman", qui ne comprenaient pas le français, mais enivrés de musique de bière et d'amour nous applaudissaient tandis que nous nous embrassions ?
Te souviens tu de ces karaokés, yeux dans les yeux, main dans la main ?
Te souviens tu de notre énergie diluée dans le néant de l'instant, dans la féerie de ces moments oubliés et vains. Te souviens-tu encore de mon regard amusé, noyé dans la beauté de tes yeux ?
Avec le recul, je repense à Sarah, Kaoutar, Sandra et toutes les autres. Je repense à vous, créatures divines, et je pense que c'est en vous rêvant que Delanoé s'est lancé dans l'écriture de chansons.
Pour vous, douces jeunes femmes, qui enfantiez seconde après seconde la magie de l'illusoire instant ethylique dans laquelle nous étions plongé, mes comparses et moi, dans l'estaminet qui servait de scène à notre comédie humaine.
Delanoé est mort, paix à son âme.
Il avait peut-être pas anticipé ce qui arriverait plus tard, mais il a eu le mérite d'y croire.
"La grande chanson française", n'est faite que de petites "chansonettes" tellement vécues qu'on ne peut s'empêcher de s'y sentir impliquer. Qui n'a pas croisé de fille qui descendait vers le midi ?
"Moi c'était la ligne 55, toi tu remontais la haut dans le brouillard du 81."
Puis il y eu "l' été indien" ... bien connu à Bruxelles. Que de souvenirs amers, d'amourettes oubliées, de nostalgie délavée ... La Belgitude mélancolique se reconnaît en tes chansons Delanoé, tu fais pas de politique, t'exploites pas les gens, tu as batti ta vie autour de l'amour et de véritables valeurs humaines, et ça, c'est inattendu.
Rien à foutre de la mort de Ford, qui a batti sa vie sur "god bless America" et "god bless the cars", et sur la mort des jeunes vieux croûtons politiques qui nous manipulent, bien coincés dans leur costume-cravate-mandat ...
A toi Sarah ... petit bout de femme coincée entre tes cultures et ta joie de vivre.
Vis comme l'oiseau ... dixit Delanoé.
Demain on reparlera politique ...
AH
|